Etre Policier dans les Territoires Ultramarins .
La situation pour nos collègues exerçant en outre mer est complexe.
En préambule pour comprendre la problématique rencontrée il est important d’avoir une physionomie des territoires.
Loin des images d’Épinal qui idolâtrent nos contrées comme des paradis au soleil et sous les cocotiers, depuis plusieurs décennies, elles ont été remplacées par une délinquance grandissante qui gangrène nos régions.
Il y a quarante ans la Guadeloupe était une île paisible où il faisait bon vivre.
L’hospitalité Guadeloupéenne était une tradition séculaire bien ancrée dans les mœurs.
Au fil du temps une mutation profonde s’est opérée laissant place à des zones de non droit où les délinquants s’entre-tuent.
Les règlements de compte sont devenus légions en progression constante chaque année.
En 2024 la Guadeloupe enregistrait 33 Homicides et 202 tentatives ce qui la plaçait au second rang au niveau national.
L’année 2025 sera plus prolifique puisqu’à la fin-octobre on comptabilise déjà 43 homicides.
C’est une explosion préoccupante qui semble hors de contrôle et inquiète la population.
A titre de comparaison pour la même période la MARTINIQUE enregistre 32 homicides.
Pour comprendre comment en sommes nous arrivés à une telle dérive de nos sociétés, il y a lieu de remonter le temps en se penchant sur la sociologie et l’environnement.
Dans un premier temps, après le cyclone Hugo en 1989, sous l’impulsion du Président Mitterand la Guadeloupe a bénéficié d’un accélérateur dans le cadre de sa reconstruction.
Des centres commerciaux sont sortis de terre réorientant progressivement le modèle économique local.
La société dans son ensemble n’était pas préparée à un consumérisme outrancier vers laquelle on l’a poussé doucement mais sûrement.
En effet, certaines grandes familles « békés » ont flairé le bon coup pour développer leur BUSINESS jusqu’à être en position de quasi monopole.
Ce changement sociétal a inexorablement généré des frustrations dans la population au regard d’un pouvoir d’achat faible voir très faible.
Le taux de pauvreté est supérieur à celui de l’hexagone.
La Guadeloupe est un archipel 380000 habitants ou le taux de chômage est supérieur à 20 %.
dont environ 34 % de la population vit sous le seuil de pauvreté ce qui est considérable soit 2 fois supérieur à celui de la Métropole.
A ce tableau il y a lieu d’ajouter un facteur amplificateur et majeur « la vie chère ».
En effet depuis tantôt nos compatriotes sont confrontés à de grandes difficultés dans l’achat des produits de première nécessité ce qui contribuent à renforcer la précarité d’une grande partie de la population qui est dans l’obligation d’adopter un mode survie.
C’est une circonstance aggravante qui rend la situation éruptive à la moindre occasion.
Nous en avons eu la triste confirmation lors des différentes émeutes qui ont frappés nos territoires.
Les cibles privilégiées étaient principalement des commerces de téléphonie, d’informatique, bijouterie ou d’articles de sport.
Ce qui reflète bien les envies de consommation d’une jeunesse désœuvrée.
Un autre facteur est à prendre en considération : l’Éducation.
On constate un fort déclin des compétences fondamentales qui atteignent des niveaux records.
De toute évidence c’est une cause qui génère un fort taux de décrochage et d’échec scolaire qui dépassent l’entendement.
En découle un niveau d’illettrisme dans la jeunesse Guadeloupéenne.
La Martinique est logée à la même enseigne.
A cette évolution inquiétante, il est important de prendre en compte l’influence croissante des réseaux sociaux dans la vie de cette jeunesse.
Ce qui ne contribue pas à élevé le niveau des connaissances mais à la mettre sous l’influence des FAKE-NEWS ce qui représente un danger pour des esprits jeunes.
A la lecture de la situation peu reluisante, un constat s’impose : la mission dévolue au service public de l’éducation n’a pas rempli son rôle dans la transmission des savoirs.
Une des causes trouve certainement réponse dans l’inadaptation des programmes scolaires à nos régions.
Dans un second temps le positionnement géographique de nos îles nous expose étant la porte d’entrée sur l’Europe.
La Guadeloupe est bordée par l’Atlantique d’un côté et la mer des Caraïbes de l’autre, ce qui facilite les trafics en tous genres.
C’est un point stratégique pour les cartels Sud Américains ou autres trafiquants qui cherchent à inonder la poudre blanche vers l’Europe.
L’insularité favorise le débarquement sur nos rivages de toutes sortes de produits de contrebande ou traite d’êtres humains.
Cette topographie accentue les difficultés pour les services de Sécurité Intérieur qui ne sont pas dotés du matériel de surveillance adéquat.
On constate une explosions des trafics d’armes, d’immigration clandestine et de stupéfiants pour nommer les principaux.
Pendant longtemps la Guadeloupe n’était pas organisée dans le trafic international et dépendait de réseaux mafieux extérieurs
Aujourd’hui la donne a changé la criminalité organisée locale s’est professionnalisée et traite directement avec les cartels pour fructifier un business illicite destiné à l’exportation vers la métropole.
Elle s’est renforcée autour de ces trafics lucratifs favorisés par une main d’œuvre avide de gains rapides et faciles en lien avec la problématique sociétale exposée en amont.
Un tel seuil de pauvreté a de facto des répercutions sur le vivre ensemble.
La délinquance de tout genre gangrène la vie quotidienne de nos concitoyens.
Si on veut agir sur ce fléau il faut avoir une approche globale qui prenne en considération l’aspect social et éducatif du pays et non uniquement le volet répressif.
Les établissements pénitentiaires sont déjà surpeuplées avec des taux d’occupation supérieur à 200 %.
Les conditions de détentions sont pointées régulièrement du doigt par les autorités de surveillance (défenseur des droits, Mission Parlementaire, etc…) pour les conditions inhumaines de privation de liberté.
La formation et l’accompagnement de la jeunesse doit être une priorité pour permettre à cette dernière de s’émanciper par le savoir.
Dans cet environnement, nos collègues œuvrent avec abnégation pour assurer la protection des personnes et des biens.
Toutefois, cette mission est entravée par des conditions de travail exécrables en lien avec un manque de matériel, mais surtout de personnels.
Les services de Police sont exposés a une délinquance qui prospère un peu plus chaque année et ce malgré un investissement conséquent au quotidien de tout à chacun.
Cependant plus que dans l’hexagone les effectifs sont réduits comme peau de chagrin.
Sans parler des locaux vétustes voir insalubres de certains services.
La Police Judiciaire croulent sous des centaines de procédures par enquêteur sans pouvoir apporter une réponse à des victimes en souffrance.
Pour faciliter les choses un logiciel de traitement des procédures peu efficient qui alourdit la charge de travail, sans parler des multiples réformes de la procédure pénale aux quelles doivent s’adapter les enquêteurs.
Le Service Général doit de son côté faire face à pléthore de missions spéciales liées aux festivités du Carnaval, manifestations sportives ou voyages officiels, en plus des missions génériques.
Pour palier au manque d’effectif récurent les rappels au service sont la seule stratégie utilisée par les hiérarchies successives.
La Guadeloupe n’échappe pas à la multiplicité des opérations médiatiques orchestrées par les locataires de BEAUVAU (type Place Nette ou autres).
A ce tableau, vient se greffer les crises sociales à répétition qui ont impacté fortement nos territoires.
Nos collègues sont en première ligne, il est à noter que ces derniers sont déployés sur des missions de maintien de l’ordre sans réelle formation.
Contrairement à la France hexagonale impossible d’obtenir immédiatement des renforts.
Il faut gérer la crise avec les moyens du bord.
Au fil du temps la Compagnie d’Intervention qui était rompue à ces missions de maintien de l’ordre a perdu plus de la moitié de ses effectifs ce qui fragilise encore plus la situation.
A cela s’ajoute la pression des statistiques imposée par la hiérarchie.
Concernant le matériel, il y a encore peu nos collègues ne disposaient pas de moyen radio efficient.
Bien souvent au regard de zones blanches, ils étaient dans l’obligation d’utiliser leur portable personnel seul et unique moyen d’obtenir du renfort en cas d’urgence.
Aujourd’hui les Policiers sont les gardiens du temple, ils maintiennent la République à bout de bras.
Ce ne sont pas les visites ministérielles éclaires, comme celle qui s’est déroulée au mois d’août, où le Ministre était plus en pré-campagne diffusant la bonne parole sans apporter la moindre solution pérenne pour endiguer la problématique qui secoue notre archipel.
Au point que suite à ses annonces le petit renfort dédié à l’OFAST n’a pas pu être installé correctement dans les locaux faute de place.
Cela dénote un manque de respect et de considération de l’Administration à l’endroit des Policiers exerçant sous nos latitudes.
De telles conditions contribuent à un épuisement des troupes qui sont toujours mises à contribution.
Je pose la question : Aux yeux de l’État Central serions nous des citoyens de seconde zone abandonnés, ne méritant pas de vivre et travailler en réelle sécurité.
Nous sommes sur un volcan qui à tout moment peu exploser.
Nous refusons d’être les orphelins de la République,.
Nous militons pour un service public de sécurité performant dans le respect des valeurs républicaines ciment de notre vivre ensemble.
« Une injustice commise quelque part est une menace pour la Justice dans le Monde »
Martin Luther-King
